Germinal sait déjà ce qu’il n’aura pas d’autre option dans la vie que de réaliser sa passion. Lorsqu’il sort du lycée, il hésite un temps à entrer dans une école d’art, mais Germinal n’aime pas les écoles. Il se lance alors seul et entame sa carrière de journaliste photographe au sain de plusieurs illustres magazines Suisse.
Pendant dix ans, il fera de nombreux reportages. On lui confie, en particulier une rubrique hebdomadaire de quatre pages : « VECU ». (photos de Germinal Roaux)
Il s’agit de photographier un inconnu, qui aurait vécu des instants difficiles. Témoignages aussi anonymes que violent d’un clochard, d’un sidéen, ou d’un homme qui aurait perdu ses jambes sous un train. Germinal apprend ainsi à écouter et raconte la souffrance d’autrui avec la sensibilité d’un ami compatissant. Il développe ce talent rare qui définit bien toute son oeuvre. Pendant cette période naît son envie de faire du cinéma. Il se lance un jour, tout seul, à sa manière.
Il réalise un reportage sur l’intégration dans notre société d’un trisomique 21 qui se prend en main. « Des tas de choses » Caméra à l’épaule, Germinal ose l’intimité sans entraver la pudeur de ce garçon qui se bat pour tout ce qui nous semble évident. Il y a dans ce premier film une vérité simple et sincère, désarmante. Pierre Assouline pèse ses mots lorsqu’il écrit dans le Monde : « 28 minute de grâce absolue. Un supplément d’âme
»
La télévision achète le film et il reçoit le Prix du meilleur film étranger au festival de Dakar. Son deuxième court-métrage « I ceberg » peint une tranche de vie de deux adolescente de la banlieue suisse. « Je suis fasciné par le passage entre l’adolescence et le monde adulte. Lorsque la transformation se fait. Lorsque des visages d’enfants angrogyne entame leur mutation. »
« I ceberg » gagne également plusieurs prix, notamment au festival de film de Locarno. Il est actuellement en compétition officielle au Tribeca Film Festival de New York en 2008. Germinal n’arrête pas la photographie, il entame un projet à long terme, le « G erminal Roaux Diary ».
Il prend une photo par jour, tous les jours, tous les mois. Une recherche constante et régulière sur les différentes philosophies des adolescents en phase de devenir adulte. Il suit ces jeunes à travers les aléas de ce passage à l’age « adulte », écoute leurs cris et regarde leurs passions grandir et évoluer. De ces recherches naît l’écriture de son premier long-métrage « N ever Young Again ».
Le film raconte l’histoire d’amour d’un jeune couple de 20 ans qui partagent le même appartement. Ils vivent le passage au monde adulte de façon très différente et s’éloignent peu à peu à force d’incompréhension. Le film est un diptyque de deux visions parallèle et opposée d'une même période,
partagée par un couple. Afin de mettre toutes les chances de son côté, Germinal participe en été 2008 à l’atelier de Cinéma de Jeanne Moreau à Angers, ou il est un des huit réalisateurs sélectionné parmi des artistes du monde entier pour présenter son premier scénario de long-métrage et participer à des ateliers, tenus par des grands cinéastes. Ils le guideront, avec l’aide inestimable de Jeanne Moreau à travers les difficiles étapes de la réalisation d’un premier film. Germinal développe une affection particulière et un grand respect pour cette femme d’exception qui lui offre son appui et laide à surpasser sa grande timidité. Je rencontre Germinal au Bleu Lézard, café mythique et indémodable de Lausanne, sa ville natale.
Il me raconte alors son merveilleux parcours et je le soumets ensuite à mon petit questionnaire. Quelle est la première chose que tu fais le matin, au réveil ? Une petite prière pour vivre encore une journée... Que sont devenus tes rêves d enfant ?
Dans une certaine mesure mes rêves d’enfant sont devenue réalité. D’un autre côté mon regard d’adulte les a aussi rendus plus difficiles à atteindre. Quand on est enfant, on rêve de voler dans les airs, de marcher sur la lune, de nager comme un poisson dans l’eau sans avoir besoin de respirer. F aire des films et de la photographie a été pour moi une manière de réaliser ces rêves.
Décrit ta notion du temps… J’essaie de chercher ma place entre le passé et le futur. Quel est ton moteur ? L’espoir d’apporter un regard humain sur le monde et de le changer un petit peu Qu’est ce que tu détestes ? La langue-de-boeuf, mais j’adore les langues-de-chat.
Qu’est ce qui te manques ? Du courage, souvent. Décrit ton processus de création… Oser être ce que nous sommes de manière totale et absolue. Être capable de voir ses propres ténèbres, c’est posséder une grande lumière. Je crois que le processus de création me rend plus lumineux.
Qu’est ce que la photo ? Le début d’une histoire. Qu’est ce qui t’inspire ? La différence … Et puis la nuque des femmes aussi. Parle- moi de l’échange et de ton regard tourné vers L’autre ? L’échange et la rencontre des autres m’a permis de comprendre que, dans la vie, les choses n’arrivent pas «parce que» mais «pour que».
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