Adulés ou détestés les Razorlight ont longtemps suscité la controverse. Leur nouvel album « S lipway Fires » engage le groupe sur le ton de l’introspection. La voix de Johnny Borrell, plus grave, plus posée offre une sincérité frappante et remarquable. RDV pris le 6 octobre 2008 pour séance photo et interview à l’hôtel Renaissance à Paris. Dans quel état d’esprit étiez-vous avant de composer et d’enregistrer « SLIPWAY FIRES » ? JB : On venait de terminer une longue tournée et j’avais besoin de m’échapper.
Je me suis réfugié dans un cottage sur une petite île écossaise de 200 habitants, sans téléphone mobile. Je ne savais pas vraiment si j’écrivais des chansons, mais j’avais besoin d’écrire. J’étais parti là-bas pour trois mois. Pendant ce temps Andy était à Londres et écrivait aussi de son côté. Et au final, c’est comme ça que l’on a écrit tout l’album ! J’avais besoin de faire des chansons dans lesquelles j’allais réellement m’exprimer. Un disque plus intimiste ? JB : Oui. Sur le premier album, je racontais la vie et les problèmes de mes amis, des gens qui m’entourent. Je voulais revenir à des chansons plus narratives, mais plus émotionnelles cette fois-ci.
J’ai passé beaucoup de temps à écrire pour cet album. Le précédent était essentiellement mélodique, le premier était celui de l’énergie, celui-là est l’album lyrique. J’avais beaucoup à dire. On peut ressentir aussi une évolution dans votre style musical, plus épuré, inspiré du blues, Johnny Cash, Bruce Springsteen… JB : A un moment donné, j’ai arrêté d’écouter de la musique. On a été en tournée pendant très longtemps et on a fini par avoir avec la musique un rapport qui frôlait la psychose.
Je n’étais pas sûr de vouloir encore écrire des chansons. Notre maison de disque avait prévu un nouvel album pour 2008. Moi je voulais rester maître de ma vie. Je suis parti en Ecosse, dans la campagne sauvage pour voir si l’envie allait me revenir. Et là, les chansons dont j’ai eu besoin étaient celles de Johnny Cash, Leonard Cohen… Je suis revenu aux classiques folk américains et anglais. Quand j’avais 21 ans, je jouais ces morceaux dans des clubs à Londres.
Et là, je retrouvais ces chansons avec l’expérience en plus. Je les redécouvrais, je les comprenais mieux. Avec le deuxième album, on est devenu un grand groupe et c’était agréable. Tu peux courrir partout sur scène, tu gagnes beaucoup d’argent etc.
J’ai eu besoin de sortir de ce système. La maturité, peut-être ? JB : Peut-être… (rires). En écrivant cet album, j’avais besoin de parler à quelques personnes en particulier. À votre père par exemple ? JB : Oui peut-être. Ou à mes anciennes amours.
Il fallait que j’exprime des choses impossibles à dire dans une conversation. Cette évolution dans votre musique va-t-elle engendrer un changement dans votre façon de faire de la scène ? Ce soir vous jouez à la Maroquinerie, c’est un lieu intimiste. JB : Oui, je suis vraiment excité à l’idée de jouer dans cette salle.
On avait commencé à jouer dans de très grandes salles. Mais ce n’est pas une bonne chose pour le public. C’est bon pour ton agent, c’est bon pour ton ego… Il fallait que je remette en question beaucoup de choses dans ma vie. Je suis vraiment content de faire des shows plus intimes. On a pas mal de chansons, on a trois albums et on peut se faire plaisir en ayant des sets plus généreux et en jouant très fort. Et puis Paris est une ville spéciale pour moi. En quoi est-elle spéciale ? JB : J’ai des connexions ici. J’ai toujours eu un regard tendre sur cette ville.
J’y ai vécu mon enfance et mon adolescence. C’est ici que j’ai fumé ma première cigarette, que j’ai embrassé une fille pour la première fois, que j’ai écrit ma première chanson… Y’a-t-il une chanson sur le nouvel album dont vous êtes particulièrement fier ? JB : Il y en a quelques-unes… (rires). Si vous deviez en choisir une seule ? JB : C’est difficile. Il y a une chanson qui s’appelle « 60 Thompson ». Elle a été enregistrée en direct et en une seule prise. Avez-vous enregistré sur bande analogique, à l’ancienne ? On peut entendre un léger souffle au début et à la fin de chaque morceau. JB : Oui. « Wire to wire » par exemple a été enregistrée dans un tout petit studio près de Fish Market.
Il appartient à un type incroyable qui n’a jamais parlé à une maison de disques. C’est sa maison, il dort vraiment dedans ! On enregistrait en prise directe, avec l’énergie de l’instant. Mike Crossey, le producteur de l’album avait l’impression de ne servir à rien !
On appuyait sur « record » et on jouait, c’était juste le son de Razorlight dans une chambre. Ça sonnait frais, on ne voulait pas d’un son trop produit. C’était vraiment important pour nous d’enregistrer vite. Mike a eu le même instinct. Une dernière question. Quelle importance donnez-vous à votre look, aux vêtements en général ? Est-ce qu’il va y avoir une évolution aussi sur ce plan ?
Allezvous continuer à jouer torse nu sur scène ? (rires) JB : (rires) Jusqu’ici, 2008 est une année très habillée ! Quel dommage ! JB : (rires) J’essaie de faire le contraire d’avant, de superposer le plus de vêtements possible (rires). On vient juste de poser pour une couverture de magazine en Angleterre et j’étais vraiment déterminé à garder mes vêtements. On en portait tous environ 6 épaisseurs. C’est assez amusant d’être à nouveau habillés, ça faisait longtemps ! En tout cas, quand on est un groupe, les vêtements font partie de ce que nous sommes visuellement, du graphisme en quelque sorte. Alors oui, c’est important.
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