Anselm Kiefer "AM ANFANG"

Publié le 4 février 2010, 10:24
Anselm Kiefer 
"AM ANFANG"

La première oeuvre théâtrale de Kiefer signe la dernière commission de Gérard Mortier, directeur de l’Opéra national de Paris, pour célébrer le 20ème anniversaire de l’Opéra Bastille. Avec ce geste exceptionnel, il ouvre irrémédiablement le théâtre lyrique à d’autres disciplines artistique et prouve l’ouverture de l’opéra de Paris à la richesse de l’art contemporain.

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L Après le succès de “Monumenta” au Grand Palais et la commande du Louvre de d’une oeuvre majeure “Athanor” pour la Cour Carrée en 2007, Anselm Kiefer investit aujourd’hui la totalité des scènes et arrières - scènes de l’Opéra Bastille avec une intensité à sa démesure. Conçue en étroite collaboration avec Jörg Widmann, compositeur allemand parmi les plus brillants de sa génération, Kiefer met en scène le chaos. La naissance. “Ma pièce s’appelle Am Anfang, dit Anselm Kiefer, parce qu’elle commence par la fin.” Oeuvre d’art totale où le cercle se referme ou éternel recommencement?

L’important n’est sans doute pas de définir mais de se laisser aller par l’impact de ces tours monumentales... et de ces femmes qui construisent, déconstruisent... Les Tours semble être douze millénaires de briques amoncelées, celles-ci proviennent peut être de Babylone, mais les plus récentes datent de 1945 en Allemagne. Les “Trümmerfrauen”, femme assignées au déblaiement des décombres de l’histoires, grattent inlassablement les briques destinées à la reconstruction créant une mélodie qui s’intègre harmonieusement à la musique.

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Ces briques, de même que ces femmes représentent la dernière nano-strate au sommet de la décharge des poubelles de l’histoire. Dans un même mouvement, elles expriment la fin et le renouveau. Métaphore du temps, la musique traverse la scène, enveloppe les tours de sa mélodie, les fait trembler, aussi, parfois se pose avant de reprendre sa course, puis s’interrompt. Et puis il y a la profondeur de la scène et les mouvement insolites des acteurs qui semblent presque immobiles. Absents et présents. Indifférents.

Invisible.. “Je ne travaille pas la mise en scène uniquement sur la scène mais dans le théâtre entier, explique Kiefer. Je ne suis pas un magicien. Ce que je fais est réel. Je l’ai dit depuis le début, je refuse de me limiter à créer une illusion. Je met en scène l’opéra entier, à travers les spectateurs, dans tous les recoins et peut être que le public entier ne le verra pas.” Est-ce alors une façon de perpétrer son oeuvre plastique, de fuir la narration et de nous laisser deviner le reste ? “D’une certaine façon, répond Kiefer mais c’est vraiment plus une question de parallélisme et non une projection des rêves du spectateur.

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C’est pour ça que je ne veux pas que ce soit une illusion. En général, au théâtre, on essaie de vous faire croire que vous êtes a Rome, Thèbes ou autre... Ce n’est pas le cas dans mon oeuvre.” Le spectateur est tout d’abord accueillis par une carte immense représentant le croissant fertile, région du monde ou s’est joué notre destin. A la fois symbole de l’univers et des douze tribus qui se sont acharnées les unes contre les autres avant de se diviser en empires du Nord et du Sud, destin circulaire avec en son centre le peuple juif. Les douze tours tremblent sur leur base, les accords de Jörg Widmann soufflent à travers les ruines tels des messagers célestes venus du désert, s’appropriant l’espace et le temps.

La Chekhina incarne le peuple juif élu et banni, elle erre à travers les ruines espérant la venue du messie. Elle arpente la scène en dessinant les limites, se dirigeant là ou il n’y a rien d’autre que le néant, précise Anselm Kiefer. Aller retour. Incapable d’assembler ce qui a été brisé. Le sable, la poussière du temps recouvrent les ruines, se mêlant aux cendres, d’où surgit Lilith, héroïne maléfique. “L’ancien testament m’a toujours impressionné par sa poésie et son brutalisme. Son Dieu est menaçant, vengeur. Prouver que Dieu est bon c’est prouver quelque chose d’impossible.”

Mais... l’histoire montre que de chaque anéantissement subsiste un reste que Dieu préserve et qui donnera naissance à une nouvelle évolution, qui comporte elle-même une fin. Au commencement. Anselm Kiefer a crée, écrit, mis en scène et designer les costumes de l’oeuvre “An Anfang” pour l’Opéra de la Bastille. Il s’agit de sa première oeuvre théâtrale. Anselm Kiefer, probablement l’artiste le plus brillant et brutal de ce siècle, ressemble à son art. La taille et la précision de sa poignée de main résume avec une espèce de violence poétique l’ensemble de son oeuvre. Son regard est trop complexe pour mes mots, il semble lier le passé avec le présent sans aucune espèce de jugement. Son regard est troublant. Il a quelque chose du juif errant. Finalement.

Texte_Romina Shama

 

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