HENRY AU PAYS DES MERVEILLES

Publié le 10 mai 2010, 14:44
HENRY AU PAYS DES MERVEILLES

Provocateur, agitateur, Henry Holland distille un cock- tail anti morosité sur la mode à travers sa vision multi- colore. un arc-en-ciel dans le ciel britannique.

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Regard absinthe, houpette blonde, chemise à rayures ajustée, noeud papillon abricot, slim noir, chaussures vernies et montre violette griffée, Henry Holland incarne à lui seul l’anti-establishment britannique. C’est dans son studio, un loft perché dans un immeuble en briques du East-End londonien, que ce trublion de la mode nous reçoit, entouré de son équipe de cinq personnes et d’une mémorabilia des années 90. Livres, posters, anciens magazines et baskets collectors. Les premiers souvenirs de ce passionné de mode, faire du shopping avec sa maman, “une grande fan d’imprimé léopard et volants”, dans son village natal du nord de l’Angleterre, l’ont conduit jusqu’aux podiums londoniens, sur lesquels il déverse sa mode empreinte d’excentricité, délires post-ado et références british détournées. Touche à tout, Henry Holland promène tel un ovni sa créativité sans limite bardée d’humour et la décline à l’infini à travers sa marque de fabrique “House of Holland”.

Si “jouer avec la mode” demeure son passetemps favori, cette “récréation” l’a bel et bien mené sur la voie du succès. Aujourd’hui, sa griffe est diffusée dans plus de 30 points de vente dans le monde et son talent loué par Muccia Prada.
Denué de formation formelle en stylisme, le créateur entretient une relation fusionnelle avec la mode et a appris son métier sur le terrain. Celui que certains surnomment “l’enfant terrible de la mode anglaise” a d’abord suivi des études de journalisme à Londres. Alors qu’il multiplie ses séjours au sein de rédactions de mode “pour ne pas s’ennuyer”, son succès le prend par surprise. “Ma carrière a commence dont les parties intimes sont cachées par des fleurs, décline une mode “post-ado” (printemps-été 2009) déjantée inspirée de la série télévisée Beverly Hills 90210, où se côtoient imprimés floraux, pois noir et blanc, couleurs pop, pastilles vynile et denim, ou réinterprète à sa facon le “Levis 501”. Il fait défiler des silhouettes plus coutures, pantalons cigarette et vestes smoking “oversized”, sur des teintes dégradées à la manière d’une palette Pantone pour l’hiver 2009, ou imagine un mariage (printemps-été 2010) “sexy et naughty (coquin) à la sauce rock’n roll”, où les références aux années “Pretty Woman” abondent : denim ajouré ou sanglé, robes bustier, dentelles fluos, cuir, bermudas et tailleurs short. “Une collection plus adulte et chic” aux yeux du créateur.

Tel un boomerang, les années 90 apparaissent ainsi comme un élément récurrent dans ses collections. “J’ai grandi avec les supermodels et les magazines de mode des années 90”, confie le créateur dont les références vont de Versace à Pretty Woman, en passant par les clips de George Michael ou la photographie de Richard Avedon. Son addiction pour la couleur violette (“je suis fan, cette couleur me poursuit, j’ai tenté de m’en défaire mais je n’y parviens pas”), sa pièce signature (le T-shirt bien sûr, qu’il détourne en robe de Mariée dans sa dernière collection), son goût pour le jersey, les mélanges d’imprimés (pois, tartan), les couleurs flashy, le denim et le cuir, sont autant d’autres symboles chers au style “Holland”.
Une chose est sûre, Henry Holland n’aime pas se prendre au sérieux. “Colorée, drôle, excitante, moderne”, c’est en ces termes qu’il définit sa mode. “La mode est faite pour s’amuser, ce n’est pas une question de vie ou de mort”. Il aime penser que ceux qui portent ses vêtements sont à l’image sa mode, “extravertis et intéressants, comme des amis avec qui j’aimerais passer du temps”.

Mais le créateur dispose aussi d’un fort esprit d’entreprise. “L’aspect commercial a toujours été important pour moi, je viens d’un secteur – la presse- commercial et j’ai commencé ma carrière avec le T-shirt, la pièce la plus commerciale. Ensuite j’ai effectué le chemin inverse afin de créer un esthétisme”. Propulsé sur la scène de la mode avec “un job plein temps et un emprunt à rembourser”, Henry Holland a tou- jours affiché son enthousiasme contagieux pour décliner sa créativité dans de nombreux domaines.“J’ai un style reconnaissable ce qui rend les choses plus faciles pour le transcrire sur différentes catégories de produits”. D’une seconde collaboration avec Levis (collection complète en rayon dès janvier), au lancement d’une ligne de collants à rayures psychédéliques “Pretty Polly” bientôt vendue à New-York et en Europe, en passant par le packaging d’une boîte de chewing-gum, ou au design d’un ordinateur, l’artiste protéiforme touche à tout. Il vient de lancer une collection “teenager” pour les grands magasins britanniques Debenhams. Si Londres, sa ville de coeur (qui “connaît son nouvel âge d’or”), reste sa demeure of- ficielle, la maison Holland voit donc grand, le Japon et l’Italie étant ses marchés étrangers principaux.

À l’évocation de l’avenir, le créateur bouillonne aussi, évoquant les projets d’une ligne d’accessoires et de chaussures. Son rêve ? “Réinterpréter le célèbre aspirateur Henry Hoover... un aspirateur fashion, ce serait hilarant”. Car sa vision, tout comme ses ambitions, sont vastes : “J’aime l’idée de créer un univers total look comme celui de Ralph Lauren. Se réveiller dans des draps griffés, enfiler un peignoir de la même griffe, et évoluer toute la journée dans ce même univers”. Et s’il n’avait pas poursuivi de carrière dans la mode ? “Je ne sais pas, écrire des livres, peut-être... sur la mode ?”
House of Holland. En vente chez Colette à Paris, Dover Street Market, Harrods, Browns Focus et Start à Londres.

 

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