Plus que des traits pauvres de la distanciation, leur oeuvre s’empreint du précieux sceau de la réconciliation. Occident et orient, le fragile et le lourd, tout se mixe et se mue dans un travail alchimique, où l’acte de couture fait oeuvre de pierre philosophale. Antonio Marras se plonge dans les archives de la maison, en extrait la substantifique moelle.
La poésie fluide et subtile de son travail, son obsession de l’alliance des contraires, sa vision artisanale du vêtement conquièrent très rapidement un paysage mode pourtant en plein revival rock et gothique. Loin des structures conceptuelles de Nicolas Ghesquière, du classique chic «elbazien», du néo-gothique d’un Ricardo Tisci, il élabore un univers onirique et ethnique, vaporeux et ornementé.
Insatiable curieux, travailleur acharné, sa culture du style, son imagination sans borne puisent tantôt dans les pays slaves ou africains, tantôt dans les «saisons mentales» et les contes de fées. Respectant, renouvelant, transcendant l’héritage du Maître, il impose peu à peu sa patte protéiforme sur les catwalks parisiens.
A tel point que l’image de la maison Kenzo est aujourd’hui indissociable de celle d’Antonio Marras. Consécration suprême, il se voit confier, en 2008, la direction artistique globale de la maison, dont l’homme, qui défilera pour la première fois sous son égide en janvier 2009. Capitaine du vaisseau femme jusqu’alors, Antonio Marras est désormais seul maître à bord de la flotte. Un passage de flambeau que ne saurait renier Kenzo Takada, qui pour sa part s’en est allé voguer vers d’autres horizons créatifs.








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