Kenzo-Marras: si loin si proche

Publié le 22 février 2009, 12:29
Kenzo-Marras: si loin si proche

Le sarde et le nippon, la glace et le feu, deux destins différents, aux étranges résonances: Kenzo Takada et Antonio Marras, le héraut et l’apôtre de la maison Kenzo. Portraits croisés.

27 février 1939. Poétique comme un Haïku, la petite ville d’Himeji voit la naissance de Kenzo Takada. Très tôt, et sous la houlette d’une soeur passionnée, il s’entiche des éditos mode de So-En, magazine alors en vogue au Japon. Après des études de langues étrangères où il s’ennuie ferme, il rejoint Tokyo et le mythique Bunka Fashion Collège, qui ouvre alors ses portes aux hommes.

Il en ressort diplômé en 1961. Le 21 janvier de la même année, dans le petit village sarde d’Alghero, Antonio Marras voit le jour.

Fils d’un commerçant en tissus, Il vivra ses premiers émois artistiques dans la boutique paternelle. Tokyo, 1964: premier défilé de Pierre Cardin au Pays du Soleil Levant.

Bouleversé, Kenzo décide d’aller traîner sa chance à Paris. Dans cette capitale autocentrée de la mode, qui accueille alors ses étrangers avec circonspection, il tente de vendre ses croquis aux marques installées. La vie est dure, la bohème de rigueur, mais celui qui érige la joie de vivre en sacerdoce s’adjugera peu à peu l’estime de ses pairs.

Pari(s) gagné en 1970, il présente sa première collection à la Galerie Vivienne, en même temps qu’il ouvre une boutique: Jungle Jap. Dès lors tout s’enchaîne, et sa mode colorée séduit une clientèle post soixante-huitarde avide de flower power, de pièces ethniques et optimistes.

1971, tournant radical: «Pour ma collection automne-hiver 71-72, je décidai la coupe droite de forme carrée. Je l’appelai la coupe anti-couture parce qu’elle s’opposait à la technique, traditionnelle à Paris, de la coupe accordée à la ligne du corps.

Dealer de luxe 3


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J’ai délibérément cherché à créer des formes non structurées, non définies, à introduire une ampleur différente, en m’appuyant sur la technique du kimono».
Chassez le naturel, il revient au galop. Après s’être formé, formaté à la couture française, il s’affranchit enfin de ses contingences rigides pour créer son style propre. A la notion de ligne, il substitue celle de volume, libérant ainsi le corps de la structure classique du vêtement.

Tandis que Kenzo traverse le Rubicon parisien avec succès, un diamant transalpin, brut comme sa terre natale, rencontre la lumière. Nous sommes en 1975. Antonio Marras connaît son premier coup de foudre stylistique. Toujours aux basques de son père, Il tombe par hasard sur le Bazar milanais d’Elio Fiorucci, sorte de caverne d’Ali Baba où se côtoient des trésors de mode glanés à travers le monde… Alea jacta est, il sera créateur.

Il trace dès lors son discret sillon loin de la fureur et du bruit de l’industrie mode. Enfant de la balle, il fait fi des élucubrations théoriques; la douceur sensuelle d’un tissu, le toucher âpre d’un coquillage éveillent ses sens autant qu’ils révèlent un oeil précis et aguerri. Dessinateur féru, il compose alors, dans le secret de la maison familiale, ses premiers croquis.

Et tandis que l’autodidacte Marras s’initie aux arcanes du style, Kenzo impose une vision de la mode de plus en plus précise, enlevée et affirmée. Son travail sur les coupes «à plat» très droites, l’introduction dans le vestiaire occidental des manches Kimono, un univers floral devenu emblématique, révolutionnent les codes consacrés. Sa touche ethnique, un brin tribale, ouvre de nouvelles perspectives aux créateurs japonais- mais aussi européens-, imposant l’»Ethno-look» comme une tendance phare des 80’s…

 

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